Essayez simplement cela

« Il avait vu de nombreux docteurs, et dit « la seule manière d’être en bonne santé, c’est de manger ce qu’on ne veut pas manger, de boire ce qu’on n’aime pas, et de faire ce qu’on préférerait ne pas faire. » »

Mark Twain

Following the Equator

Comme la plupart des gens, j’ai envie d’être en bonne santé. Et comme beaucoup, je me tourne vers internet à l’occasion pour savoir comment faire. Tout se passe bien au début, mais après un moment je commence à avoir l’impression étrange que tout est à l’envers. Partout où je regarde, les gens me disent ce que je ne dois pas faire. D’ailleurs, la plupart des conseils ressemblent beaucoup aux jérémiades d’un moralisateur sévère :

  • ne t’assieds pas, ne t’affale pas
  • ne fume pas
  • ne mange pas de céréales, de gluten ni de sucre
  • ne mange pas de produits laitiers
  • ne t’expose pas aux produits chimiques toxiques, aux perturbateurs endocriniens et aux rayonnements électromagnétiques
  • ne travaille pas trop dur, et ne stresse pas
  • ne sois pas socialement isolé
  • ne te couche pas trop tard

La santé commence à être définie comme une simple question d’interdiction. D’ailleurs, la plupart des conseils prodigués au nom de la santé ressemblent étrangement à une liste de commandements émis par une autorité religieuse. Tu ne mangeras point de céréales. Tu ne mangeras point de sucre. Tu ne seras point sédentaire.

Les fanatiques de la santé adorent dire aux autres ce qu’ils ne devraient pas faire ; leur mot préféré semble être « non ». Si seulement les gens suivaient leurs interdictions, les problèmes d’obésité, de diabète, de dépression et des maladies modernes disparaîtraient tout bonnement, disent-ils.

Mais d’où vient cette attitude négative envers la santé et la vie ? Ce n’était sûrement pas une préoccupation centrale durant le paléolithique. Il y avait certainement des tabous : Ne mange pas cette plante. Ne commets pas d’inceste. N’enrage pas nos ancêtres. Mais quand même, on dépensait la plus grande partie de son énergie à explorer, à trouver des aliments, et à éviter les prédateurs. La santé était plus une question d’actions que d’interdictions.

Le problème le plus évident concernant l’interdiction, c’est qu’elle a tendance à éliminer toute joie de notre vie. Pris d’assaut par les ne fais pas, on commence à se sentir coincés, contraints et grincheux. Ceci sape notre énergie et ternit notre joie de vivre.

Mais l’inconvénient majeur de l’interdiction, c’est qu’elle se retourne contre nous. Dès qu’on interdit une chose, on la transforme instantanément en un fruit interdit, disposant d’un formidable pouvoir de séduction. Mark Twain connaissait bien cette tendance. Dans Les Aventures de Tom Sawyer, il décrit la réaction de Tom lorsqu’une Ligue de tempérance arrive en ville et lui fait promettre d’arrêter de boire et de jurer :

« Il fit alors cette découverte : que promettre de ne pas faire une chose est le plus sûr moyen au monde pour avoir envie de la faire. Tom se trouva vite en proie au désir de boire et de jurer. »

Cela fonctionne de la même façon pour tous les fruits interdits. Qu’on me dise que je ne devrais pas manger de gluten, et la première chose que j’aurai envie de faire est de me préparer des crêpes. Qu’on me dise que je ne devrais pas consommer de sucre, et j’aurai immédiatement envie d’ajouter de la chantilly ou de la confiture à mes crêpes. Mais par-dessus tout, je n’aime simplement pas qu’on me dise ce que je dois faire. Je suis un animal sauvage, une créature du Paléolithique, et je repousse quiconque me dit comment je devrais vivre.

L’interdiction transforme la quête de santé en une bataille épique contre les forces de la tentation. Tel Ulysse, on ressent le besoin de s’attacher au mât du bateau afin de pouvoir résister aux tentations du monde moderne. Mais cela ne fait qu’augmenter notre stress. Encore pire, la réussite ne peut être mesurée que par les choses qui n’arrivent pas, par les tentations auxquelles on ne succombe pas, par les événements et les expériences qui n’ont pas lieu.

Dans ce paradigme, la santé n’est rien de plus qu’une question de volonté et de cortex préfrontal puissant. Si on a un bon système d’inhibition dans le cerveau, on pourra ne pas céder à nos pulsions et ainsi, être en bonne santé. Mais tout ceci semble si pénible et terne. Je n’ai pas envie de réussir dans la vie et d’être en bonne santé grâce aux choses que je ne fais pas, mais plutôt d’apprécier, de créer, d’explorer et de célébrer.

Nous nous en tirerions beaucoup mieux si nous regardions plutôt le bon côté de la santé et de la vie. Au lieu de proposer de longues listes sinistres d’interdictions, pourquoi ne pas proposer des choses à faire, pour changer ? Pourquoi ne pas dire à nos clients, à nos patients et à tout-un-chacun de simplement essayer cela…

  • de jouer plus, surtout sur des terrains naturels
  • de manger des aliments sains et de les apprécier
  • de soumettre notre corps aux défis de la gravité et du dynamisme
  • d’aller à l’extérieur et de profiter de la lumière naturelle
  • de nous exposer aux défis et aux risques
  • de trouver une chose qu’on aime, et de la faire
  • de suivre notre curiosité
  • de toucher d’autres gens, d’avoir de nombreux rapports sexuels, de faire monter notre taux d’ocytocine
  • de trouver une chose qui nous fait rire
  • de créer une chose intéressante, pleine de valeur et de sens

La beauté de cette approche positive est qu’elle nous extirpe du champ de bataille de la tentation. À présent, nous nous concentrons principalement sur les choses que nous essayons de créer ; l’appât du gain devient bien plus intéressant que la perspective d’échec. Si on aime son art de tout cœur, nul besoin de volonté. On est plus intéressé par la réalisation d’une chose que par l’évitement des pièges qui parsèment le chemin.

Tout d’un coup, la santé a l’air beaucoup plus saine. 

Version originale anglaise ici.

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